13 Jun

Plusieurs souverainistes appellent de leurs vœux une vaste entente transpartisane visant à imposer le souverainisme comme thème principal dans les débats encadrant ces législatives précipitées. 

Mais de quoi s'agit-il, au juste ? Pour certains, le pont doit se faire de gauche à droite, de République souveraine (G. Kuzmanovic) à Oser la France (J. Aubert), en passant par le parti bonapartiste l'Appel au peuple (D. Saforcada) ou par le mouvement apartisan Reprenons le contrôle ! (C. - H. Gallois). 

Ces micropartis satellisés vivent dans l'ombre des avatars du souverainisme, jouissant d'une médiatisation plus importante et d'un ancrage durable dans le champ politique, confirmé d'élection en élection. Evoquons à grands traits Les Patriotes (F. Philippot), l'UPR (F. Asselineau) ou le think-thank/média de P.- - Y. Rougeyron, le Cercle Aristote.  

Si le souhait de renforcer le camp souverainiste et de lui permettre de transcender le plafond de verre dressé par le système européiste est louable, sa réalisation pose problème. Et ce pour plusieurs points principaux : 

1) Hormis le rejet des institutions supranationales empêchant toute politique souveraine, les partis divergent quant aux programmes politiques. L'amalgame douteux que constituait la NUPES disparue redressé aujourd'hui par le Front populaire tiraillé entre le primat mélenchoniste et l'obédience Glucksmann devrait servir de leçon : l'ennemi de mon ennemi n'est mon ami que de circonstances, et les amis de circonstances de plaisent pas à un électorat, surtout pas à un électorat de tribu comme c'est le cas de celui de gauche. La "niche" électorale investie par le souverainisme marginalisé n'est pas sujette à ce genre d'entente hybride et temporaire.

2) Sacrifier le souverainisme sur l'autel de sa propre gloire est indigne des partisans de la souveraineté populaire nationale et de la souveraineté étatique internationale. Faire du souverainisme l'arrière-fond thématique maquillant un programme anti-système ou en faire le réceptacle aux diverses théories fumeuses ne participent pas à faire vivre les voies de la souveraineté. Ces incarnations sont au mieux des vues de l'esprit, au pire des impostures. Elles ne font qu'alimenter l'ostracisation du souverainisme. La souveraineté ne se brade pas en échange de quelque visibilité médiatique. Elle n'est pas l'apparat du clown qui prospère dans l'espace consacré aux bouffons par les Grands pour qu'ils les divertissent. Elle est au cœur de l'enjeu d'une démocratie populaire, au cœur de l'enjeu du réinvestissement de la politique par le citoyen. En cela, les fanfaronnades et barouds d'honneur perpétuels d'un Philippot ou d'un Asselineau les écartent nécessairement de la réalisation prochaine d'une politique souveraine. Par conséquent, compromettre les forces souverainistes avec ces figures les condamneraient à pérorer éternellement dans un couloir aussi mince qu'obscur. 

3) Le "souverainisme" est un néologisme employé par le milieu politique pour traduire l'intérêt d'un parti pour la souveraineté. Or la souveraineté est, par essence, populaire. La souveraineté du peuple français ne peut être portée que par un parti défendant justice sociale et démocratie populaire. La souveraineté des citoyens est un principe inaliénable qu'aucune caste politique ou appareil politique ne peut lui ravir. Pour ces raisons, le seul et unique parti pouvant revendiquer un leadership du souverainisme est un parti résultant de la gauche. République souveraine est ainsi prédisposé à ce rôle rassembleur, mais cette dynamique doit être appuyée d'une réaffirmation forte de ses principes constitutifs et de son appartenance à la gauche. Un tel discours l'arrimerait davantage au jeu politique en se défaisant des entraves liant les Philippot et Asselineau tout en contrecarrant les anathèmes répétés par la mouvance décoloniale et libérale revendiquant un monopole de la gauche. 

4) Les "micropartis" côtoyant les "petits partis" souverainistes, la hiérarchie qui animerait l'hypothétique alliance est explicite : les premiers devront accepter les conditions des seconds, n'étant pas en position de force. Mais, comme nous l'avons vu en 2) et 3) la souveraineté populaire mérite meilleur traitement : elle est une cause sérieuse qui se défend ailleurs que sur les plateaux TV. Pour toutes ces raisons, une entente entre les différentes forces souverainistes est actuellement impossible en l'état. 

République souveraine jouit d'un sérieux et d'une reconnaissance grandissante, investissant médias alternatives et proposant un contenu qui élargit son champ d'évolution. Le mouvement structure une base solide, réunissant les déçus de la gauche sociale et populaire venus de divers bords. République souveraine a un rôle à jouer dans l'espace dévolu au souverainisme. Mais le parti devrait choisir avec minutie ses partenaires. Les candidats à une hypothétique entente pourraient se trouver dans les rangs des autres micropartis souverainistes, mais aussi parmi les affiliés à la ligne d'un Montebourg ou d'un Roussel - si tant est qu'ils parviennent à se défaire des œillères idéologiques et partisanes. 


La République Plébéienne



 

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